Comprendre nos divergences

, par Xavier Gillet

L’un des enjeux majeurs des difficultés de notre Collectif est que nous ne comprenons pas notre mission de la même manière.

Lorsque des membres d ’une organisation divergent sur leur façon de comprendre ses orientations, il convient de revenir aux textes. Nos Règlements généraux définissent notre mission de la façon suivante :

Accompagner, soutenir et développer les projets d’une éco-communauté à échelle humaine et respectueuse de l’environnement.

Ce paragraphe peut prendre beaucoup de sens différents selon ce que chacun veut y lire. La clarté vient du deuxième paragraphe :

Autrement dit, les membres du Collectif La Nuée sont animés par une ambition commune : celle de créer une communauté ancrée localement, solidaire, écologique, démocratique et culturellement riche. Ils et elles ont la conviction qu’une telle éco-communauté doit mettre au cœur de ses préoccupations l’action collective et les relations entre ses membres.

Lors d’échanges, des membres d’un groupe surnommé "coalition" avaient écrit :

L’humain avant les règles : Nous souhaitons prioriser les liens humains  ; la structure passe en second…

Les membres engagés leur avaient répondu :

Nous avons probablement ici un point de divergence assez fondamental. C’est peut-être d’ailleurs ici que nos chemins pourraient se séparer.

On voit bien ici que le désaccord est profond. En l’occurrence, ce sont ceux de la coalition qui sont les plus garants de l’esprit et de la lettre des Règlements intérieurs ; et non les membres engagés.

Par ailleurs…

La vision des membres engagés s’exprime dans le “ rapport d’activité ”^ [1] à l’Assemblée générale, selon quatre “pôles de développement”.

  • La transformation écologique

Elle est écrite de manière suffisamment large pour faire consensus. La dimension concrète reste à construire.

  • La transformation personnelle : “... Notre créneau passe par le travail intérieur et la pleine conscience. Certains de nos séminaires sont axés sur l’écoute de soi et de l’autre...”
  • La transformation sociale _ “ … nos projets de transformation sociale, ceux qui sont enseignés dans nos séminaires font la promotion des valeurs de pacification, d’harmonie et de pouvoir partagé..., puis “Il s’agit pour chacun de comprendre la démocratie en participant au processus démocratique et de mettre en jeu ses propres difficultés relationnelles pour les dépasser.”

Comprenez que, en tant que membres, votre hygiène spirituelle (travail intérieur et pleine conscience) et vos difficultés relationnelles seront encadrés dans des “séminaires” organisés et souvent animés par les membres engagés, notamment SSP.

Lors du premier conflit du Collectif, début 2021, ceux qui ont fini par démissionner avaient dit qu’ils ne voulaient pas vivre dans une secte, à l’époque, je n’avais pas compris leur point de vue.

Je peux témoigner que ceux qui font la promotion de "l’écoute de soi et de l’autre" et "mettre en jeu ses propres difficultés relationnelles" ont eux-mêmes les plus grandes difficultés à incarner ces valeurs. C’est humain. Mais il devient insupportable qu’ils prétendent en faire la police pour les autres.

  • La transformation économique “Il ne s’agit pas simplement de vivre ensemble en partageant des repas (ni d’un…) cohabitât avec un partage d’espaces communs. Le projet d’écocommunauté comporte une dimension économique, c’est-à-dire la possibilité pour les membres de la communauté de développer sur le site un projet, ancré dans les valeurs du collectif, qui leur permette un revenu de subsistance.”

Je reconnais bien là les perspectives que SSP. avait voulu implanter dès 2021 en contactant, au nom du Collectif, mais seule, des acteurs régionaux de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). Elle avait rédigé un soi-disant "plan d’affaires" de 60 pages avec sa propre vision du Collectif. Mais sans définition du besoin auquel on répondait, sans les activités ou moyens à mettre en œuvre pour y répondre, sans clientèle à rejoindre… ce document n’avait de plan d’affaires que le titre !

Elle a aussi initié le “cercle incubateur” pour encadrer des projets économiques. Le seul projet qui y a trouvé du support est "les tisserands" qu’elle a fondé avec un autre membre engagé. Il s’agit d’organiser les stages et séminaires dont nous avons parlé plus haut. Personne d’autre, après avoir participé à quelques rencontres, n’a cru qu’il pouvait y trouver un soutien pour son idée ou son projet d’activité économique.

Pour les habitants du Collectif, l’idée de “projets d’une éco-communauté ” a pris d’autres perspectives, à commencer par l’organisation de repas partagés, l’installation de notre premier jardin, le ramassage du bois pour l’hiver...

Il y a eu aussi quelques chantiers de restaurations de nos biens les plus dégradés :

  • la charpente de l’atelier dans lequel se trouve la machine à bardeaux,
  • le mur ouest et la charpente et la toiture du Garage Vert (à gauche en haut de la cote en arrivant),
  • la réfection complète de notre chemin principal, de la rue à l’hexagone,
  • la réparation de quelques toitures…

Il y a eu encore quelques activités solidaires, écologiques, démocratiques et culturelles :

  • l’accueil du passage de "la grande marche pour la protection de la forêt" en 2021,
  • l’accueil des musiciens de “Scott Pien Picard” lors des journées de la culture à St Didace en 2022,
  • plusieurs ateliers de Biodanza, dans la prairie et à la salle Communautaire, avec Marie-Claire Martinez...

Il y a eu aussi les ateliers et insertions organisés par SSP et AP qui visaient à ancrer leur vision du Collectif, au sein du Collectif, et pour y accueillir de nouvelles personnes.

De nouvelles personnes sont arrivées. Elles ont implanté un maraîchage mieux organisé que notre précédent jardin, installé un poulailler, travaillé à l’entretien de la forêt, et organisé les repas quotidiens à la salle communautaire…

Seuls les ateliers organisés par SSP et AP ont apporté quelques revenus d’appoint à ce dernier. Ce n’était pas le but des autres projets, pourtant utiles à la santé du Collectif ou entrant dans le cadre de sa mission.

Voilà : parmi les personnes qui s’accrochent à la direction du Collectif, que ce soit à titre de membres engagés ou du conseil d’administration, aucune ne vit sur le site. Elles affirment une lecture très particulière de la Mission inscrite dans nos règlements généraux, très loin de la vie du Collectif qui tente de se développer sur place. C’est ainsi que toutes les personnes ayant tenté de vivre dans le Collectif se sont découragées.

Notes

On utilise ici un rapport d’activité comme document de vision, en évitant tout débat